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Contrats multimédia ou rasoirs BIC...
Nos vies ont pour modèle ces plastiques technologiques.
Une simple coupure, on jette, on résilie.
Triste refus de la cicatrice, triste refus de l’authentique,
Pour ne vouloir présenter
Qu’un visage de jeune premier.
Montagnes plates, plages sans sable,
Tout est lisse, sans relief.
Et gare à celui qui discuterait les critères du Vrai Beau.
Les bistouris s’imposent aux corps dans notre époque en toc,
Moins violemment toutefois que nos âmes doivent se plier
Au diktat martelé
Pour distiller en nous la béate-attitude
Devenue force de loi, devenue profession de foi.
La coolitude ressemble à un bloc de gelée,
Lisse et inattaquable,
Dont le goût sirupeux ne doit qu’à la chimie,
Horrible magma sans forme du pseudo-bonheur permanent.
Tout le monde pareil ! Tout le monde content !
Peu importe le soma, c’est l’avénement d’Huxley...
Quant à moi. Au milieu de tout cela. Je refuse, je récuse,
L’accusation qui m’est faite
De grogner à plein temps.
Je ne serais pas de bonne humeur ?
Vrai ? Faux ? Et alors !
Je ne suis que de la bonne humeur !
Ma joie vit en rires, la gaieté me fait chanter,
La colère pousse des râles, rage ou douleur s’expriment en pleurs.
Quoi de plus humain ?
Mais tout cela ne peut vivre en nos pays.
L’auto-censure a frappé l’émotion d’interdit.
Indignation, empathie, volonté, énergie...
N’affichez rien ! Soyez de marbre !
Seul doit apparaître ce no-feeling d’automate souriant.
Et d’aucuns rajouteront sans ciller
Que la meilleure des cures anti-envies
Et de se contenter de ce que l’on a.
Slogan moral frappé du faux bon sens et lancé
Parfois par les soumis...
Plus souvent par les jolis gens bien mis.
Ceux-là qui ne manquent de rien,
Ceux-là qui te reprochent d’être tombé,
Alors que c’est de leur main même
Que dans tes jambes
Le bâton fut lancé.
Ton effort est brisé mais eux ne comprennent pas,
Sociétaires presse-bouton oublieux des saisons,
Des contraintes de leur rythme,
De la beauté de leurs mythes.
Car... Tout ! Tout de suite ! Tout le temps !
Voilà le seul désir de ces idolâtres,
Adorateurs zélés de la clim et des fraises en décembre.
Je ne dirais qu’une chose, je ne lancerais qu’un cri...
Soyez tous maudits peupliers de pépinières !
Poussez droits, sans tracas, vous n’êtes nés que pour être coupés.
Je parle de cœur, de raison et d'instinct...
Vous répondez norme sociale, confort et intestins....
Malgré cela... alors que secoué, ballotté,
Je serais toujours là.
Parce qu’en moi, dans mes veines, coule le sang du roseau.
Nez cassé, peau tannée, trop souvent fatigué,
Muni d’un franc sourire qui souffre peut-être d’être sans dents,
Je me fiche de ces gnons, je me fiche d’être laid,
Je m’en tape. Je suis en vie.
C’est le miroir qui me l’a dit !
Vu que moi je peux encore m’y regarder....

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Et pour les fans de manuscrits...

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